J'ai tout fait tard, d'aucuns diraient "trop tard". J'ai décidé de quitter Paris quelques mois avant la première pandémie de 2020 et c'est bien la première fois où j'ai devancé tout le monde. Le désir de se rapprocher de la mer et de vivre dans "grand" a présidé à ce déménagement. Après 25 ans d'une vie parisienne et d'une vie professionnelle comme responsable des relations avec le public dans un théâtre puis un lieu de cinéma, ce départ était une aspiration à s'extraire de l'agitation et à trouver un nouvel élan.
La Bretagne et le Finistère en particulier est une destination familière. Mes parents s'y sont installés et j'ai donc grandi sur ces terres battues par les vents et la pluie et peuplées de Bretons si fraternels et solidaires.
Six années se sont écoulées pendant lesquelles j'ai rénové ma maison, construit ma cuisine en béton cellulaire, fait les marchés, exercé six métiers. Aujourd'hui j'ai décidé de me consacrer exclusivement à ma pratique artistique et à Pause commune.
J'ai fait mienne la phrase de ce merveilleux peintre qu'est Nicolas de Staël
"J'aime le hasard exactement"
Mon travail a toujours été guidé par la maitrise et l'accident - que permet la technique du cyanotype. J'ai détourné ce procédé photographique ancien à mes propres fins. Je réalise des dessins sur calque que je dépose sur une feuille enduite de solution photosensible puis que j'expose au soleil l'été - ou à la lampe UV l'hiver. Les traits du dessin font écran et demeurent blancs et là où l'insolation opère, une couleur bronze apparaît qui, une fois au contact de l'eau, vire au bleu. Je compose avec la bichromie du cyanotype et j'aime cette contrainte en plus de l'issue incertaine de chaque tirage. L'encadrement au ruban de plomb, simple et délicat est tel un écrin.